Je me souviens du silence dans le salon de ma grand‑mère, où deux petites figurines fixaient la pièce depuis la cheminée. Ce face‑à‑face figé m’a toujours paru chargé d’histoires muettes et de regards qui en disent long.
Dans cette introduction, je propose une définition simple: l’expression décrit un affrontement silencieux, méfiant et immobile. J’explique aussi la matière: la faïence est une céramique d’argile émaillée, née à Faenza, en Italie, et devenue populaire en Europe aux XVIe‑XVIIIe siècles.
L’origine de la locution vient des paires de figurines posées sur la cheminée, souvent des chiens, qui se faisaient face comme pour se défier. Les attestations remontent aux environs de 1690 et jusqu’au début du XIXe siècle; pour un approfondissement, consultez un dossier spécialisé sur l’origine de l’expression.
Ce guide vous donnera des informations historiques, des citations et des traductions utiles, pour replacer ce mot dans la langue avec clarté et plaisir.
Points clés
- Définition: face‑à‑face silencieux et méfiant.
- Matériau: la faïence, céramique née à Faenza.
- Origine: figurines placées sur la cheminée, XVIIe‑XVIIIe s.
- Attestations historiques: 1690 → 1837.
- But du guide: clarté, sources et exemples pour bien employer l’expression.
Définition, sens et usages de l’expression « se regarder en chiens de faïence »
Il s’agit d’une scène où deux regards fixes créent une hostilité sourde.
Par définition, cette expression signifie s’observer silencieusement avec animosité et méfiance. Le contexte d’emploi typique est un conflit latent: deux personnes immobiles, face face, échangent des regards lourds de sens.
Usage : on l’utilise pour décrire une tension où le regard prend la main sur la parole. Ce mot convient autant à une scène intime qu’à une réunion formelle; l’immobilité et la durée du contact visuel font toute la différence.
- Synonymes : se toiser, se regarder de travers, se défier du regard.
- Quand éviter : si l’échange est bref ou neutre, choisissez un autre tour.
| Langue | Équivalent | Nuance |
|---|---|---|
| Anglais | to look daggers at each other / to glare at each other | forte agressivité visuelle |
| Italien | guardarsi in cagnesco | ton hostile, formel |
| Espagnol | mirarse de reojo | parfois moins frontal, plus furtif |
De la faïence à Faenza : la matière, la ville et la mode des figurines

La matière raconte souvent autant que l’objet. La faïence est une céramique recouverte d’un émail à base d’étain posé sur une pâte d’argile. Ce procédé donne une surface blanche et brillante, idéale pour les décors polychromes.
Le mot vient de Faenza, une ville italienne qui, dès le XVIe siècle, a fixé un style et un nom. Les routes maritimes ont vite répandu l’usage ; on imitait la porcelaine chinoise tout en développant des recettes locales.
En France, Lyon attire des artisans italiens, puis Nevers s’impose au XVIIe siècle. Les manufactures se multiplient aux XVIIe‑XVIIIe siècles et investissent les arts de la table et les objets de maison.
Des figurines animales, y compris des chiens faïence, ornent souvent la cheminée ou la table. Ces pièces jouent un rôle décoratif et social ; elles expliquent aussi pourquoi un nom d’objet a pu entrer dans la langue comme image expressive.
Pourquoi dit-on « se regarder en chien de faïence » ?
Dans les salons chauffés au bois du XVIIe siècle, des paires de figurines fixaient la pièce, immobiles et presque vivantes.
Des figurines posées face à face sur la cheminée à la locution figée
Je reviens à la scène fondatrice : deux statuettes de chien faïence, placées face face sur la cheminée d’une maison, créaient un dialogue muet.
Leur immobilité donnait l’illusion de regards permanents. De là naît cette expression, qui condense silence, symétrie et défi contenu.
L’évolution est simple : un objet fréquent au XVIIe siècle → une image mémorisée → une formule linguistique partagée. Le temps a fixé l’usage.
- Usage visuel : l’expression insiste sur le regard plutôt que sur la parole.
- Usage social : on l’emploie pour des tensions où chacun attend le coup suivant.
- Nuance ironique : on parle aussi de chiens faïence pour souligner un maintien théâtral, presque pour plaisir.
| Élément | Observation | Conséquence linguistique |
|---|---|---|
| Figurines face à face | Posture symétrique et immobile | Image de défi silencieux |
| Contexte domestique | Cheminée, maison chauffée au bois | Facilité de mémorisation et diffusion |
| Répétition dans les sources | Attestations et citations | Renforcement de l’étymologie populaire |
| Usage moderne | Ton ironique ou sérieux selon le contexte | Polyvalence de l’expression |
Le chien de faïence dans la langue et la culture : attestations, citations et usages

Les sources lexicographiques et littéraires offrent un fil qui relie le XVIIe siècle à nos usages actuels.
Repères historiques et sources
Furetière (1690) livre une image fondatrice :
« Les chiens se regardent longtemps avant que de se mordre. »
Alain Rey signale, à la même époque, le sens hostile: se regarder avec soupçon. Une notice lexicographique de 1837 (Duvert et Lauzanne) atteste la formule « chiens de faïence » dans un contexte théâtral.
Citations littéraires et registres d’usage
Les XIXe‑XXe siècles multiplient les emplois: Theo‑Critt, Virmaître, Galopin, Lorrain, Tuffet, Nadaud, Arland; plus tard, Renard et Aragon figurent au TLFi.
On trouve des emplois ironiques, descriptifs ou dramatiques; l’expression passe du salon au registre littéraire sans perdre sa force visuelle.
Comportement canin vs image linguistique
Sur le plan animal, un chien socialisé évite souvent le regard direct. Fixer les yeux peut intimider et précéder un coup.
La formule transpose donc un schéma plausible, mais stylisé: elle privilégie le visuel au détriment des signaux olfactifs et d’apaisement réels.
Bien employer l’expression aujourd’hui
- Choisir-la pour marquer un face tendu, statique, souvent à table ou en réunion.
- Privilégier « se regarder de travers » pour un ton plus léger.
- Contextualiser: nom des protagonistes, lieu et durée du silence améliorent la précision.
| Repère | Exemple | Conséquence |
|---|---|---|
| Dictionnaire ancien | Furetière, 1690 | Image fondatrice |
| Attestation | 1837 (théâtre) | Fixation du nom |
| Citations | XIXe‑XXe (Aragon, etc.) | Usage littéraire durable |
L’essentiel à retenir pour mieux comprendre et utiliser « chiens de faïence »
Souvenez‑vous : l’image garde la simplicité d’une paire immobile qui évoque une hostilité muette.
Résumé : « chiens faïence » condense un objet domestique, deux figurines figées, et un sens social : un face‑à‑face muet, parfois tendu.
Pour bien employer, vérifiez durée et intensité du regard : regarder chien signifie fixation, pas un simple coup d’œil. Variez avec « se toiser » ou « se fusiller du regard » selon le degré d’hostilité.
La matière, la faïence, explique la force de l’image historique. En communication, privilégiez la nuance : un regard fixe peut alerter; choisissez les mots pour moduler la tension.
Solutions : utilisez les variantes lexicales quand il faut, et rappelez‑vous les équivalents étrangers pour faciliter la traduction.
